Presse Edition

Recherche

Avis d'Expert : Twitter et maintenant Pinterest :
Les réseaux sociaux se nourrissent du paradoxe entre mimétisme et distinction, par Frédéric Fréry, professeur de stratégie à ESCP Europe

Avis d'Expert : Twitter et maintenant Pinterest :<br>Les réseaux sociaux se nourrissent du paradoxe entre mimétisme et distinction, par Frédéric Fréry, professeur de stratégie à ESCP Europe

Presse Edition 21/03/2011

Il existe des phénomènes de mode parfois éphémères dans le succès des réseaux sociaux : Quora en 2010, Instagram en 2011, Pinterest à présent. Pourquoi ? On peut avancer les explications suivantes :

1. Par définition, plus les réseaux sociaux sont nombreux, moins ils sont intéressants, car cela dilue leur audience. Or l'audience est leur raison d'être. Les réseaux sociaux fonctionnent comme les guerres de standard, classiques en management de l'innovation : c'est leur taille qui fait leur intérêt car tout le monde veut utiliser le standard que tout le monde utilise.

2. Cela dit, si un réseau social attire un trop grand nombre d'internautes (par exemple Facebook et de plus en plus Twitter), il peut se ringardiser. Par construction, le réseau social sert à marquer sa singularité, en particulier pour les leaders d'opinion. S'il devient banal, il perd de son intérêt : "Plus personne ne va là, il y a trop de monde".

3. Les chiffres de croissance de Pinterest ne sont pas nécessairement un signe de succès futur. En effet, là où les tous premiers réseaux sociaux Friendster ou MySpace ont dû éduquer le marché au début des années 2000, leur successeurs, pour peu qu'ils apportent une valeur nouvelle aux utilisateurs, peuvent convaincre plus facilement une audience déjà habituée aux principes de base. Ce phénomène se retrouve dans toutes les innovations : les innovateurs, qui doivent développer le concept et éduquer le marché, sont souvent dépassés par des suiveurs qui les copient intelligemment en combinant et ajoutant des fonctionnalités. En l'occurrence, Pinterest s'appuie sur Twitter (principe du partage de liens commentés), Flick! et Instagram (remplacer le texte par des photos), et nécessite un compte Facebook ou Twitter pour s'inscrire. Sa croissance rapide est donc en partie une conséquence du succès déjà établi de ses prédécesseurs.

Au total, je dirais que les réseaux sociaux se nourrissent du paradoxe entre mimétisme et distinction : vouloir montrer comme tout le monde que l'on est différent.

Dans ces conditions, Pinterest présente des forces (l'image est plus universelle que le texte, la passion de collectionneur est largement partagée tout en étant très "segmentante"), mais aussi des faiblesses (l'information n'est pas assez organisée, Facebook peut proposer un service équivalent). Le soufflé peut donc retomber très vite, sauf si l'heure de la ringardisation de Facebook a sonné. Mais ça, ce n'est pas Pinterest qui peut le décréter.

A propos de Frédéric Fréry
Frédéric Fréry est professeur de stratégie à ESCP Europe où il est Directeur Académique du European Executive MBA. Professeur à l’Ecole Centrale Paris, il est titulaire de la Chaire ESCP Europe/KPMG «Stratégie des risques et performance». Ses recherches portent notamment sur le Management 2.0, c'est- à-dire l'impact des technologies web 2.0 sur le management. Il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages et articles, dont Stratégique, 9e édition, Pearson, 2011 (le manuel de stratégie d’entreprise le plus utilisé dans le monde francophone) et The Fundamental Dimensions of Strategy, MIT Sloan Management Review, 2006. Il a préfacé l’édition française de l’ouvrage de Gary Hamel, La Fin du management, Vuibert, 2008.



Newsletter

Recevez gratuitement
tous les 15 jours la newsletter
de Presse-Édition

Votre adresse email :



pub