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5 Questions à Gilles Paris,
Directeur fondateur de l’agence Gilles Paris

5 Questions  à Gilles Paris,<br>Directeur fondateur de l’agence Gilles Paris

© David Ignaszewski-koboy

Presse Edition 19/02/2014

Comment définiriez-vous votre profession et votre rôle au service des éditeurs et des auteurs ?
Gilles Paris : Etre attaché de presse indépendant comme je le suis, consiste à promouvoir les livres des auteurs que les éditeurs nous confient la plupart du temps dans l’intégralité d’un lancement, national, régional, et Internet. Lire le livre qui nous est confié reste une priorité ; cela nous permet de voir comment aborder le lancement auprès de l’ensemble des médias. Nous nous chargeons donc d’envoyer les épreuves du livre pour commencer à travailler le titre auprès des médias, dans l’idéal le plus en amont possible. Beaucoup d’émissions de TV, littéraires ou non, même les radios nationales sont demandeuses d’épreuves selon la notoriété des auteurs que nous défendons, ou tout simplement pour les découvrir. C’est aussi la seule manière d’obtenir des critiques dans les mensuels, étant donné leurs délais de bouclage. Puis vient le service de presse, et selon les budgets qui nous sont confiés et l’auteur en question, nous organisons aussi bien les déplacements en salon de livres qu’en librairie sur Paris ou en province. Je précise que la plupart des salons en province prennent souvent tout à leur charge. Les blogs sur la fiction, romans grands publics, littéraires, historiques, ou littéraires jouent aussi un rôle important. Les éditeurs qui nous confient entre un et plusieurs livres nous font confiance et nous laissent gérer le lancement en toute liberté. A nous d’établir la confiance auprès des auteurs, indispensables pour le lancement de leur livre. Certains sont devenus au fil du temps de véritables amis, comme Janine Boissard, Richard Bohringer ou Catherine Hermary-Vieille.


Vous êtes également un auteur à succès, vous avez notamment publié Papa et maman sont morts, au Seuil, Autobiographie d’une Courgette, chez Plon, Au pays des kangourous, chez Don Quichotte, Prix Folire 2012, et plus récemment L’Été des lucioles chez Héloïse d’Ormesson. Que vous apporte dans votre pratique des relations presse votre statut d’auteur ?

Gilles Paris : La plupart du temps, je suis très discret sur la parution de mes livres, auprès des auteurs que je défends et des médias nationaux que j’appelle pour mes auteurs. Je ne parle jamais de mes livres auprès des auteurs et s’ils le font d’eux-mêmes, je reste évasif. Je n’ai pas été engagé par leur maison d’édition pour ça. Certains auteurs le savent bien sûr, et avec les auteurs-amis nous en discutons parfois. Mais la déontologie dans ce cas me parait essentielle. D’ailleurs la plupart d’entre eux ignorent que je publie un livre, ou le prétendent et c’est bien mieux ainsi. Après, je fais ce que bon me semble sur ma page perso Facebook ou mon compte Twitter. La seule passerelle que je trouve intéressante est de mieux comprendre, je pense, ce qu’ils attendent de la parution de leur livre. Je suis bien placé pour comprendre leurs angoisses ou leurs joies.


Qu’attendent de leurs attachés de presse les maisons d’édition et quels moyens sont-elles prêtes à consentir pour mener à bien leurs missions ?
Gilles Paris : Nous sommes extérieurs aux maisons d’édition qui nous confient leurs livres, ai-je dis plus haut. La plupart des maisons qui font appel à nous ont des services de presse intégrés et plutôt efficaces. Simplement la production est forte, et ces maisons font appel à nous à la fois pour soulager leur service de presse et notre savoir-faire. Les moyens se réduisent d’année en année. Pour certains auteurs, ils nous arrive de monter des déjeuners ou des dîners de presse, mais cela devient assez rare. Reste les déplacements en salon en province et parfois des librairies qui prennent généralement soit la nuit sur place, soit un des billets de transport. Mais tous les auteurs n’ont pas accès aux librairies. Nous sommes dans l’ère de la personnalité, et cela fonctionne aussi bien pour les librairies que pour les médias nationaux. L’audience pour les chaînes, et les ventes en librairie, qui pourrait-on blâmer, crise oblige ? Heureusement, il reste d’irréductibles «gaulois» qui cherchent la pépite et la découverte, mais ils se font de plus en plus rares.


Comment a évolué votre métier ces dernières années avec l’émergence, puis l’explosion de nouvelles chaînes de télévision, des nouveaux médias, de blogs ?
Gilles Paris : L’explosion de nouvelles chaînes de télévision a été intéressante au départ. Je pense à Direct 8, France 0, entre autres, où beaucoup d’auteurs inconnus pouvaient être invités par ces chaînes. Aujourd’hui D8 est une chaîne people, et France 0 a perdu son «Dix minutes pour le dire». En dehors de Michel Field sur TF1 «Au Field de la nuit», et Monique Atlan sur France 2 «Dans quelle étagère» qui prennent encore des risques en invitant parfois de nouveaux auteurs, l’essentiel du paysage audiovisuel est tourné vers les personnalités, les écrivains sur les listes de meilleures ventes ou ceux qui font l’actualité (essais, autobiographies, documents). Je ne porte d’ailleurs aucun jugement sur le système, c’est ainsi. Bien sûr sur France Info avec Philippe Vallet « le livre du jour », France Inter «Lire avec…» Brigitte Kernel, entre autres, il reste encore quelques fenêtres de tir, mais de plus en plus rares ! Seul le libraire Gérard Collard libre de ses engouements que l’on peut voir sur France 5 «le magazine de la santé» et LCI «le coup de cœur des libraires», ou entendre sur France Info «A livre ouvert» fait des miracles sur des livres souvent quasi inconnus de tous. Sans oublier les coups de cœur de la libraire Lydie Zannini sur LCI « le coup de cœur des libraires » ou à France 5 dans l’émission littéraire de François Busnel «La grande librairie». Des niches, certes, mais qui résistent encore aux blockbusters. Concernant l’émergence des blogs, j’ai été dans les premiers à m’y intéresser. Il en existe plus de mille aujourd’hui ! Et puis les éditeurs nous demandent de réduire les services de presse. A nous de faire un tri, mais le blog ou le site littéraire est à mon sens le seul espace de liberté où ces lecteurs et lectrices assidus parlent des livres qui leur plaisent sans se soucier, la plupart du temps, de la notoriété de l’auteur ou de la maison d’édition. Ce serait vraiment intéressant qu’un grand éditeur aujourd’hui se renseigne sur l’impact réel qu’ils peuvent avoir notamment sur la fiction. Après tout, ce sont leurs chroniques aujourd’hui, qui sont reprises sur les portails comme Amazon, Babelio, Livraddict, et non plus les critiques de presse nationale. Et ne nous plaignons pas, nous restons en Europe, le pays le plus riche en médias capables de parler d’un livre, fiction ou non fiction !


Quel regard portez-vous sur le métier d’attaché de presse dans le secteur de l’édition aujourd’hui ?
Gilles Paris : Un regard lucide et parfois agacé. Depuis janvier 2014, nous défendons entre 4 et 5 titres par mois, et nous essayons toujours de donner le maximum. Je ne suis pas un faiseur de miracle : tout dépend du livre que je défends. Je travaille 7 jours sur 7, et suis souvent joignable aussi bien à 8h le matin jusque tard le soir. Les 35 heures, ce n’est pas pour moi ! Je ne réponds que très rarement aux mails le dimanche et j’essaye de garder les distances nécessaires face aux appels «urgents» qui n’ont souvent rien d’urgent. Ce n’est pas toujours un métier facile, car il est parfois impossible de convaincre un journaliste de lire un livre qu’il n’a pas posé sur la bonne pile. Trop sollicités, beaucoup de critiques demeurent injoignables et il faut faire avec. Notre agence défend beaucoup de romans grands publics, historiques ou thrillers. Des genres qui fonctionnent plutôt bien en librairie. Et aussi quelques personnalités qui permettent à notre agence d’être en contact avec l’ensemble des médias. Nous essayons tout ce qu’il est possible de faire, mais pas ce que l’on veut, certains murs médiatiques étant infranchissables. La province reste plus accessible et les critiques plus souvent joignables. Beaucoup d’interviews se montent quelque soit la notoriété de l’auteur sur les réseaux de France Bleu, RCF, ou beaucoup d’autres radios locales tout au long de l’année.


En France le monde de l’édition est concentré entre les mains d’une dizaine de grandes maisons d’édition. Comment les petits et moyens éditeurs peuvent-ils accéder aux médias et quel rôle peuvent jouer des indépendants tels que vous ?
Gilles Paris : Certaines petites et moyennes maisons tirent superbement leur épingle du jeu par la qualité de leur publication, Sabine Wiespeser, Verticales, Liana Lévi, et mon éditeur Héloïse d’Ormesson. Il y en a d’autres, bien sûr. J’imagine que le maître mot dans ces maisons qui publient peu de titres à l’année est l’exigence du texte. Et les médias le confirment souvent à leur tour. Bien sûr la production de livres est telle, que beaucoup de journalistes littéraires peuvent passer à côté d’une pépite. Et la crise n’a rien arrangé depuis six ans. Les chiffres ont beaucoup baissé. A 6.500 exemplaires, on peut parler pour une fiction d’un mini-best-seller. A 10.000 ex d’un best-seller. Moins de lecteurs se précipitent dans les librairies qui le constatent. Mais c’est à chacun de se battre et d’apporter sa pierre. Je ne suis pas pessimiste. Je suis heureux quand des auteurs inconnus deviennent des phénomènes et déboulent nos statues, et je crois qu’il faut tout simplement réveiller les lecteurs avec un bon livre et faire tous ce qu’il est possible de faire pour que cela arrive. Nous faisons partie d’une chaîne dans ce milieu de l’édition ou chaque maillon a un vrai rôle à jouer.


Né le 5 avril 1959 à Suresnes (92), Gilles Paris entre dans la vie active après son bac. Serveur, testeur de médicaments, garçon de bureau au Monde, concepteur de dossier de presse notamment pour Manuel Canovas et Dior, il intègre à dix-huit ans le Ministère de la Jeunesse comme documentaliste. Puis il crée et dirige la société APS, un argus de la presse spécialisée dans le spectacle, agence qu’il déplace chaque année au Festival de Cannes. Après cinq ans, il décide de prendre le large et voyage toute une année pleine en Afrique et en Grèce. A son retour, il devient pigiste pour de nombreux journaux, Elle, Le Figaro Magazine, Femme, Pariscope, Maison Française, Libération, Le Nouvel Observateur où il signe des articles sur le cinéma, la musique et des personnalités. Il entre parallèlement dans l’édition, d’abord comme attaché de presse aux éditions 13 (Groupe Carrère), puis comme directeur du service de presse de Jean-Claude Lattès pendant sept ans, et directeur du service de presse des éditions Plon, pendant dix ans. En 1991, il publie son premier roman Papa et maman sont morts aux éditions Point-Virgule (Seuil). En 2002 Autobiographie d’une Courgette sort chez Plon pour lequel Gilles Paris reçoit le Prix de la Mairie du XVIIe. Au pays des kangourous, son troisième roman publié aux éditions Don Quichotte (janvier 2012) a reçu six prix littéraires. Son 4e roman L’été des lucioles vient de paraître aux éditions Héloïse d’Ormesson (janvier 2014). Depuis 2006, il dirige une agence de communication qui porte son nom, spécialisée dans l’édition, et qui s’ouvre également sur la musique, les expositions et les spectacles. Gilles Paris fête en 2014 ses trente ans dans le monde de l’édition.


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