Presse Edition 23/06/2010
Jean brousse ingénieur, Sociologue, Economiste ?
Jean Brousse : Je suis ingénieur de formation et Docteur en économie. J’ai très vite travaillé dans l’industrie où je me suis essentiellement occupé de stratégie et d’organisation. Et là, j’ai vite appris que les choses marchaient mieux lorsque les gens oeuvraient ensemble. Si j’analyse ce que j’ai fait depuis maintenant près de 40 ans, cela ressemble à de la sociologie, l’observation des comportements des sociétés et des personnes. Ce qui m’intéresse au plus haut point. Je reste persuadé que le 21e siècle sera celui du dialogue nécessaire entre l’économie et la sociologie.
Carnets de résistance 2008-2010, un retour à l’écriture en solo ?
Jean Brousse : En effet. A certaines périodes, j’ai commis des livres de management et des livres de plaisir comme le livre sur mon ami Michel Berger, des poèmes, etc. Nous avons co-écrit avec plaisir trois livres avec Nathalie Brion, dans lesquels nous racontions les mouvements et les tendances fortes de notre société, et ébauchions ce que nous observons aujourd’hui.
Pourquoi démarrer ces carnets en 2008 ?
Jean Brousse : En écoutant les économistes institutionnels, qui depuis 2007/2008, expliquent la crise en termes strictement économiques et se demandent si nous sommes en 1929, 1973 ou1991 ? Et en tenant compte des observations et des études que nous menons depuis longtemps à Tendances Institut, sur la manière dont la société divorce, doucement mais sûrement, de ses élites. Je constate que l’époque ressemble davantage, mais c’est une image bien évidemment, à celle de 1940. Une période où nous vivons en état de guerre. Un moment de l’histoire où les nations, la société et le monde financier entrent en guerre. Une guerre qui n’a été ni gagnée ni perdue par quiconque. Et les récentes crises économiques le démontrent bien. Aujourd’hui, mais rien n’est réglé, la société se replie sur elle-même, cherche et trouve les moyens de sa survie. Mais ne joue plus le jeu des nations et des états, dont les dirigeants eux-mêmes sont perdus.
Comment expliquez-vous ce divorce des citoyens avec les élites ?
Jean Brousse : Il existe plusieurs raisons à cela. Fondamentalement, les élites sont prises dans un « court -termisme » effréné. Ils ne font que réagir dans l’instant T et ne proposent aucune solutions aux difficultés des sociétés. Elles ont perdu leur autorité et n’assument plus leur rôle essentiel : l’exemplarité.
Beaucoup d’interrogations, de questions dans cet ouvrage, mais peu de réponses !
Jean Brousse : Elles existent en en filigrane. Un grand nombre de ces billets constatent l’absence de sens de la responsabilité et, d’une certaine manière, du gout de la vérité des élites. Nous avons vécu deux années formidables. On n’a pas cessé de nous dire que la récente crise allait prendre fin dans les quinze jours. Qu’elle s’arrêtait aux frontières. Que la France allait s’en sortir mieux que les autres, etc. Dans un torrent de communication. C’est un manque de responsabilité. Dans deux ou trois billets, où je rappelle que « le résultat résulte », on trouve des ébauches de solutions et d’abord un appel à simplement « bien faire » les choses dans son environnement immédiat.
Selon vous, la résistance des citoyens passe par les réseaux sociaux, de type facebook ? Est-ce vraiment efficace ?
Jean Brousse : Dans tous les cas cela permet de constituer un tissu de gens qui échangent. Est-ce que c’est efficace ? Nous n’en connaissons pas les effets. Un grand nombre de conséquences s’avèrent négatives. On y trouve peu ou pas de réponses. Mais puisque les élites ont bel et bien perdu leur crédibilité, les citoyens discutent entre eux sur les réseaux pour chercher les solutions et le, ou les modèles qui pourraient leur porter un peu d’espoir.
Les élites doivent-elles être attentives à ce mouvement et comment doivent-elles s’en inspirer ?
Jean Brousse : Les élites, politiques en particulier, sont extrêmement sensibles à l’opinion. C’est sur les réseaux qu’ils doivent aller comprendre l’opinion réelle, celle qui change la société en profondeur, et non plus s’appuyer sur les résultats de sondages d’opinons, pour réagir et prendre des décisions politiques pertinentes. Les sondages ne sont en fait que des instantanés qui ne reflètent en rien la réalité. Les élites devraient écouter l’ opinion afin de débattre utilement avec elle de son avenir.
Les notes consignées dans ce carnet de résistance proposent de retrouver les chemins d’un monde possible, dans le bon sens et le temps de l’homme ?
Jean Brousse : Le bon sens c’est quand le résultat résulte. C’est, lorsqu’on qu’on fait normalement bien les choses dans son environnement, imprimer une influence concrète et faire que les conditions de son environnement s’améliore.
Le temps de l’homme, c’est un sujet du moment.
C’est la contrepartie du développement de la vague numérique. On vit dans une espèce d’instantanéité où les sociétés et les personnes n’ont plus ni histoire, ni espoir, ni futur. Tout le monde, y compris et surtout les élites, vit sous la pression de la réaction instantanée. Or, il faut toujours 9 mois pour faire un enfant, 4 mois pour voir pousser une fleur plantée en terre, 3 ans pour fabriquer une voiture. Et on ne fait pas pousser l’herbe en tirant dessus.
Vos recettes ?
Jean Brousse : Retrouver un peu de temps, un peu de calme. Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de communiquer pour satisfaire l’impatience d’une opinion, même si c’est dur pour tout le monde, et pas dire la vérité.
Est-ce bien cohérent d’avoir publié ces carnets sur du papier ?
Jean Brousse : Un grand nombre de billets et de chroniques ont été publiées sur un blog diffusé sur Facebook, que j’alimente régulièrement. Mais, en les relisant, je me suis rendu compte que certaines idées émises il y 24 ou 18 mois, au démarrage de la crise, étaient toujours d’actualité. J’ai souhaité les reprendre, ajouter des papiers d’ambiance, de Corréze, sur le bonheur simple des gens. Ca constitue un tableau pointilliste ou impressionniste qui campe assez bien notre société. On y retrouve l’angoisse du court terme, lire le journal le matin pour savoir ce que Sarko a raconté la veille. Mais deux ans plus tard on constate qu’il ne se passe rien et que cela n’a pas grande importance.
Y aura-t-il une suite aux Carnets de résistance 2008-2010 ?
Jean Brousse : Mes chroniques continuent sur le blog. Si il y a matière à faire un jour un autre tableau plus réaliste, qui raconte autre chose, ou mieux, la même chose !
Administrateur de sociétés et éditeur, Jean Brousse a écrtit et publié de nombreux ouvrages et notamment : L'analyse multi variée des données, Université Aix-Marseille II ; L'informatique au service du marketing, Masson ; Rien n'efface rien, poèmes, Editions Saint Germain des Prés ; MBSA - Humour et management - tomes 1 et 2, Le Cherche Midi éditeur ; Michel Berger, si le bonheur existe, Cherche Midi éditeur ; Mots pour maux, le discours des patrons français, Descartes et Cie (avec N. Brion) ; Demain brûle-t-il, 16 portraits de Français (avec N. Brion, à paraître) ; La grande peur, incinération des déchets ménagers, Cherche Midi éditeur ; La bulle, les français divorcent de leurs élites (avec N. Brion) La Table Ronde et
Qui croire ? (avec N. Brion), Descartes et Cie.