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Entretien exclusif avec Bob Young, Président fondateur de lulu.com

Entretien exclusif avec Bob Young, Président fondateur de lulu.com

Presse Edition 10/1/2008

Le succès de Lulu.com a valu à Bob Young une grande notoriété. En 2006, il figurait parmi les 50 personnalités les plus influentes de l’industrie technologique et a été classé quatrième du palmarès « Top Entrepreneur for 2006 », établis par la rédaction de Silicon.com. En 1993, B. Young a fondé Red Hat, éditeur de logiciels open source, une entreprise qui est entrée dans le classement Fortune 500 et rivalise désormais avec Microsoft. Avant de créer Red Hat, Bob Young a passé 20 ans aux commandes de deux sociétés de location de matériel informatique dont il est le fondateur. Il est l’auteur d’un ouvrage de référence, Under the Radar (ou Comment Red Hat changea le monde du logiciel et prit Microsoft par surprise), qui raconte la manière dont Red Hat s’est imposé dans l’industrie informatique dominée jusqu’alors par des systèmes propriétaires. B. Young a également apporté sa contribution à deux autres livres pour relater ses expériences d’entrepreneur dans « You’ve GOT to read this book ! » et « Chicken soup for the entrepreneur’s soul ». En 2000, il est à l'origine d'une associatiçon à but non lucratif, le Center for Public Domain. Parmi les bénéficiaires des donations du Center for Public Domain, on compte notamment the Creative Commons, the Free Software Foundation et the Future of Music Coalition. Bob Young est diplômé de l’Université de Toronto. Il est propriétaire du club de football canadien les Hamilton Tiger-Cats et est depuis 2003 vice-président de la ligue canadienne de football. En plus d’adorer la pêche à la mouche, Bob Young collectionne les machines à calculer et les anciennes machines à écrire, un clin d’œil à ses débuts en tant que vendeur de machines à écrire.


Lorsque vous avez créé lulu.com en 2002 existait-t-il un modèle d’entreprise équivalent ou proche du vôtre ? Si oui en quoi consistait-il et en quoi le business modèle de lulu.com différait de ceux existants ?

Bob Young :
Le modèle économique de Lulu.com s’appuie sur la théorie de la Longue Traîne, qui est également le modèle sur lequel s’appuie eBay, avec le succès que l’on sait. La théorie de la Longue Traîne démontre qu’en dématérialisant via internet les espaces de diffusion, une place de marché peut proposer un éventail d’offres autrement plus conséquent qu’un marchand traditionnel. Autrement dit, l’idée n’est plus de vendre 100 000 exemplaires d’un même produit venant de 10 créateurs différents, mais d’inverser les proportions : vendre 100 exemplaires de 10 000 créateurs différents. En terme de volume, cela est équivalent. En terme de positionnement, cela permet d’adresser des marchés qui jusque là n’était pas touchés, les marchés de niche, très spécialisés.

Pourquoi et dans quel but avez-vous créé lulu ?

Bob Young :
Je ne suis pas un entrepreneur Internet typique. Je voulais créer une place de marché sur laquelle il ne coûte rien de publier en profitant du tout numérique gratuit. C'est pourquoi je me suis intéressé au business du papier.

Les outils informatiques et de production existant à l’époque ( débit internet, logiciels et robots de mise en page, presses numériques) étaient-t-ils suffisamment sophistiqués pour donner satisfaction aux auteurs. Que vous ont apporté, en terme de développement, les récents progrès réalisés dans ces domaines technologiques ?


Bob Young
:
Votre question concerne plusieurs domaines distincts. Le temps passant, les évolutions techniques apportent au système Lulu des gains en terme de rapidité, de fiabilité et de qualité de service. Le taux d’équipement internet des foyers est bien sûr important. La vitesse de transfert des données lors du téléchargement d’un livre ouvre des perspectives par exemple. Un aspect très important de notre travail consiste à rendre visible nos auteurs et leurs œuvres sur les moteurs de recherche, Yahoo ! et Google notamment. Il s’agit, via des mots clés et des thèmes, de faire apparaître les ouvrages Lulu en haut des listes, offrant ainsi une visibilité accrue aux ouvrages traitant de ces thèmes. Concernant l’impression de nos ouvrages, nous avons un dialogue très positif et constructif avec les ingénieurs et développeurs de Xerox, concernant à la fois les questions de gestion des flux de commande d’impression, à la fois l’implémentation des formats proposés par Lulu sur le site et leur traitement par les imprimantes numériques. C’est très stimulant et nous avons énormément évolué au fil des années. Enfin, l’évolution des outils de conception de site internet nous a permis récemment de refondre entièrement l’interface du site Lulu.com, de le rendre plus fluide, avec des outils améliorés, un meilleur accompagnement dans la conception. Par ailleurs, l’évolution d’internet crée des synergies, ouvre des perspectives, notamment en matière de partenariat, comme celui, totalement original, avec Getty Images.

A quel montant estimez-vous le marché du self-publishing on-line d’ici à 2010 ?

Bob Young :
Ce que je peux vous dire en ce qui concerne Lulu, c’est que nous avons doublé notre chiffre d’affaires tous les ans et ce cycle va encore continuer.

Quel sera le chiffre d’affaires de lulu.com en 2007 et quelle part de ce CA est réalisé par la vente d’ouvrages imprimés ?


Bob Young :
Le chiffre d’affaire de Lulu.com a augmenté de 300% entre 2005 et 2006. Nous pensons croître encore de 260% en 2007. L’impression de livres sur Lulu.com représente aujourd’hui 90% de nos activités.

En Europe, il semblerait que vous réalisiez vos meilleurs scores en Grande-Bretagne ?

Bob Young :
Le marché anglais est effectivement toujours le plus actif en Europe, puisqu’il a été avantagé grâce au site américain en langue anglaise puis par le site anglais lancé en 2006. L’Italie est notre second marché européen, au coude à coude avec la France, en troisième position.

Le marché français du self-publishing on-line est-il différent du marché américain ?

Bob Young :
Il y a peu de différences, en fait. Nous avons créé un nouveau marché, nous ne sommes pas des concurrents de l’édition traditionnelle et ce constat est le même dans chaque pays où nous sommes présents. Une fois que les gens comprennent que les barrières pour se publier n’existent plus, le marché de l’autoédition peut commencer à grandir.

Quels types de partenariat avez-vous conclu avec les imprimeurs numériques ? Recherchez-vous des partenaires pour la France ?


Bob Young :
L’expansion de Lulu est l’une des plus larges, des plus rapides et ses services parmi les plus fiables au monde. Cela constitue un réseau considérable de clients et de partenaires imprimeurs que nous agrandissons quotidiennement. Nous n’avons pas à ce jour de partenariat en France mais cela peut changer à n’importe quel moment. Nous nous sommes appuyés principalement sur la technologie de Xerox. Les imprimeurs doivent être capables d’automatiser les transactions, de gérer les comptes et de savoir fabriquer un seul livre à la fois.

Selon vous comment va évoluer le marché global du self-publishing on-line dans le monde et constitue-t-il un réel danger pour l’industrie de l’édition traditionnelle ?

Bob Young
:
Pourquoi parler de danger ? Si les outils de production permettent des réductions de coût, évitent le gâchis des millions de livres qui finissent au pilon, ce ne peut être que positif. Le marché de l’impression à la demande va renforcer la place qu’il occupe déjà, en permettant l’existence de livres qui n’auraient très certainement jamais été publiés par ailleurs. Il y aura très certainement des rapprochements avec l’édition traditionnelle et d’autres acteurs qui souhaiteraient ponctuellement monter des opérations communes. Quel que soit le mode de diffusion et de fabrication, un livre reste un livre. Nous sommes également très attentifs au développement des livres numériques et de leurs supports de lecture qui deviennent de plus en plus attractifs. Mais je suis bien en peine de dire de quoi demain sera fait. Ce que je constate, c’est qu’il y a des mouvements de fond qui s’amorcent, de nouvelles perspectives et cela ne peut qu’enthousiasmer l’entrepreneur que je suis !


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Géraldine Lamy

Géraldine Lamy

Graphiste
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