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La Fabricante du mois : Maryline Désaphie, Responsable communication print de Hermès International

La Fabricante du mois : Maryline Désaphie, Responsable communication print de Hermès International

presseedition.fr 13/09/2021

Après vos études à l’École Estienne, l’École supérieure des arts et industries graphiques, vous avez rejoint l'imprimerie Comelli. Que vous a apporté cette expérience pour la poursuite de votre carrière?
Marilyne Désaphie :  Pour moi, l’École Estienne était incontournable pour se former aux industries graphiques. Dédiée à l’origine à l’imprimerie, elle a dû, elle aussi, s’adapter à ce secteur en évolution permanente. J’y ai des souvenirs formidables. J’ai débuté ma carrière à 19 ans en tant que graphiste dans une petite agence de publicité. J’ai rapidement rejoint l’imprimerie Comelli où j’ai eu la chance d’apprendre aux côtés de chefs de fabrication seniors expérimentés. Ils m’ont transmis les fondamentaux de ce métier passionnant mais aussi leurs connaissances et leurs astuces. Et puis, au fur et à mesure, j’ai occupé plusieurs fonctions dans cette imprimerie, ce qui m’a permis de comprendre et de maîtriser totalement la chaîne graphique : j’y ai tout appris. L’expérience de terrain est didactique. Aujourd’hui, alors que j’arrive à l’âge de mes maîtres, je regrette de ne pouvoir à mon tour transmettre mon savoir.

En 2002, vous êtes responsable de production chez Voyageurs du Monde, une agence de voyages. Pourquoi avez-vous quitté le monde de l'imprimerie pour celui de l’annonceur?
Marilyne Désaphie : À 30 ans j’ai été poussée par l’envie de faire de nouvelles découvertes. Je souhaitais travailler sur des projets d’édition en incluant leur dimension créative. Aujourd’hui, on dirait : «travailler en 360°». Voyageurs du Monde recherchait un responsable de production pour réaliser et orchestrer la fabrication de ses 15 brochures, déclinées par destinations et imprimées en «feuilles». Mon périmètre s’étendait jusqu’à l’achat papier et le suivi d’impression de la brochure Terres d’Aventure qui, à cette époque, était imprimée en rotative. J’ai aimé organiser, mettre en place et créer les process pour ces produits d’édition ; j’ai apprécié mettre ma connaissance des réseaux, ma maîtrise du métier et ma productivité immédiate au profit de l’entreprise. Par la suite, j’ai poursuivi mon parcours chez plusieurs annonceurs, avant de trouver ma «maison».

 

 

Aujourd’hui, vous êtes responsable de la fabrication «Print» à la maison Hermès depuis 2007, en quoi consiste votre travail?
Marilyne Désaphie : Je pilote la fabrication des outils de communication des différents départements de la maison afin de dévoiler les nouvelles collections au public et promouvoir toutes les richesses créatives qu’elle propose. C’est une fonction à la fois technique et organisationnelle qui requiert une connaissance aboutie des produits Hermès. Je réalise toutes sortes de projets imprimés : des invitations pour les défilés du prêt-à-porter, des brochures des collections Soie, Horlogerie ou de la Bijouterie, des campagnes de lancement de Parfums, la carte de vœux, des livres… Les tirages sont hétéroclites mais chaque projet imprimé est réalisé sur mesure et exécuté avec beaucoup d’exigence et de précision. Je suis maître d’œuvre des productions que j’imprime en France : je rencontre les équipes créatives et je suis à l’écoute de leurs attentes. Je recueille des informations sur les scénographies qui sont réalisées en parallèle par les équipes de Production évènementielle : les couleurs, les lumières et matières utilisées seront sources d’inspirations pour ma fabrication. Puis, je propose aux directeurs artistiques des papiers, des techniques d’impression et des façonnages afin de mettre en valeur leur travail à travers notre projet imprimé. Puis, c’est la phase productive « classique » où je lance les retouches sur les images, réalise les rétro-plannings, les budgets, lance des commandes auprès des imprimeurs. Je supervise toutes les opérations sur machines alors je suis plus souvent dans les imprimeries ou en ateliers de façonnage qu’à mon bureau!
L’autre partie de ma fonction est la délégation de nos productions en filiales car certains projets sont directement imprimés par mes collègues à l’international. Dans ce cas, je monte le projet techniquement mais je ne l’imprime pas. Ainsi, nous assurons une participation au développement économique local ainsi qu’une réduction de notre empreinte carbone. J’assure l’interface avec les équipes à l’international et leur remets des kits d’impression qui comprennent une fiche technique en anglais, des épreuves certifiée Fogra pour l’imprimeur et des maquettes en blanc.

Engagée pour améliorer l’impact positif de mes activités professionnelles, je favorise, lorsque cela est possible, le partage de compétences auprès d’établissements d’aide par le travail et veille à une répartition équilibrée des budgets auprès des différents partenaires. Je trace tous mes dossiers de production et transmets mes consommations papiers. Je travaille quotidiennement pour réduire et valoriser les chutes de papiers, cela me prend beaucoup de temps mais cela est salutaire.

 

Quelles sont les qualités requises pour travailler dans le secteur du luxe?
Marilyne Désaphie : Il faut être  très à l’écoute des designers maison et des directeurs artistiques, comprendre leurs envies créatives dès le brief et savoir retranscrire leurs demandes en langage technique auprès des différents partenaires pour organiser rapidement les process industriels. Il est nécessaire d’avoir une grande sensibilité pour la création, les tendances et le sens du détail. Ce poste nécessite de savoir prendre des décisions rapidement, de «tenir» les équipes et de savoir gérer les délais. Il faut aussi s’adapter aux différentes temporalités. Les grands événements, comme la fashion week, demandent beaucoup de disponibilité et de pragmatisme.   

Vous êtes particulièrement passionnée par la recherche de nouveaux supports et de techniques d'impression particulières. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Marilyne Désaphie : Je crois profondément en l’avenir du papier, comme en celui du livre papier. Ils ne vieillissent pas. Je suis toujours à la recherche de nouveaux papiers de création pour nos productions. En participant, en interne, au comité de circularité qui supervise la mise en œuvre de solutions de recyclage et de réutilisation des matières, je me suis intéressée à d’autres supports. J’ai eu la chance de fabriquer quelques productions uniques. Pour des événements, j’ai produit des invitations en marqueterie de papiers : la technique réside dans le découpage de papier qui est ensuite rangé et ordonné selon les principes de la marqueterie traditionnelle. J’ai aussi travaillé le cuir Hermès en réalisant une invitation prestigieuse où le texte était simplement embossé  – mais quelle complexité de caler le cuir sur les machines ! J’ai aussi imprimé en sérigraphie, sans solvant, sur du liège. Ces fabrications me galvanisent car elles n’ont jamais été réalisées auparavant. J’aime la difficulté technique qu’elles m’imposent. J’aime compter parmi les initiateurs de ces pièces de savoir-faire d’excellence qui portent des messages d’exception. Ce sont aussi des défis techniques qui m’intéressent et ouvrent sur une autre forme de communication. C’est exaltant.

Vous vous êtes engagée avec la CCFI dans la promotion de l'imprimé et notamment avec le Cadrat d'or, dont vous êtes membre du jury depuis de nombreuses années. Pourquoi?
Marilyne Désaphie : La situation en France du marché des imprimeurs contraste fortement avec les prévisions de croissance au niveau mondial, et le nombre d’imprimeurs diminue d’années en années. Le métier est en difficulté face à la baisse des volumes mais il ne cesse de se réinventer. Cette valorisation est une idée magnifique qui doit inciter les professionnels à partager leur travail et se faire connaître auprès des différents acteurs de la filière graphique.
Les imprimeurs français ont un savoir-faire exceptionnel et il est important de relayer ce message. Sans eux, nous ne serions pas en mesure de produire les livres, de délivrer nos messages. Je soutiens et encouragerai toujours ce métier. J’ai aussi toujours beaucoup de plaisir à retrouver les membres du jury et à découvrir les « pépites » de l’année. Je travaille avec des imprimeurs depuis de nombreuses années et, ensemble, nous avons grandi et relevé des nombreux défis techniques. Je les remercie pour leur travail authentique et exigeant et pour avoir su garder le cap durant cette période difficile. Nos liens sont encore plus forts et nous avons élargi nos méthodes de travail tout en conservant nos esprits empathiques et bienveillants par un dialogue constant et un soutien concret.

 

À propos de Marilyne Désaphie
Diplômée de l’École Estienne, Marilyne Désaphie fait ses armes à l’imprimerie Comelli où elle occupe plusieurs fonctions avant de rejoindre l’annonceur. Depuis 2007, elle est Responsable Fabrication «Print» à la Direction de la Communication de la maison Hermès. Dans cet univers raffiné qui cultive l’art des couleurs et des beaux papiers, elle aime proposer des techniques d’impression, des savoir-faire exceptionnels, des façonnages surprenants, qui révèlent toute l’exigence, l’élégance mais aussi toute la fantaisie du projet imprimé. Marilyne soutient depuis de nombreuses années la CCFI et est membre du jury du Cadrat d’Or - trophée qui récompense chaque année la qualité et l’excellence technique d’un imprimeur.


À propos de la maison Hermès
Créateur, artisan et marchand d’objets de haute qualité, Hermès est, depuis 1837, une maison française, familiale et indépendante qui emploie plus de 15.000 collaborateurs dans le monde. Animé par un esprit d’entreprendre continu et une exigence constante, Hermès cultive la liberté et l’autonomie de chacun grâce à un management responsable. L’entreprise perpétue la transmission de savoir-faire d’exception par un ancrage territorial fort dans le respect des hommes et de la nature – source de matières d’exception. Quinze métiers artisanaux irriguent la créativité de la maison dont les collections rayonnement dans plus de 300 magasins dans le monde.