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Entretien avec Bernard Girard auteur de " Le Modèle Google "

Entretien avec Bernard Girard auteur de

Presse Edition 13/03/2008

Consultant en management, Bernard Girard est
l'auteur de la première étude francophone approfondie sur le web (Capa, 1995). Dès 1998, il s'est intéressé à Google dont il a suivi les progrès avec la conviction que l'excellence technologique n'expliquait pas tout, qu'il fallait également faire la part de l'organisation, des méthodes de management et de la gouvernance de l'entreprise. C'est ce qu'il explique dans son livre, Google, une révolution dans le management, traduit en anglais, en espagnol, en brésilien.


Vous venez de rééditer aux Editions M21 " Le modèle Google
Une révolution du management : 12 méthodes de management hors normes applicables à toute entreprise ". Quoi de neuf depuis la dernière édition?


Bernard Girard : Cette nouvelle version a beaucoup profité des échanges que j’ai eus, à l’occasion des multiples conférences que j’ai pu faire ici ou là, avec des utilisateurs de Google, mais aussi des entrepreneurs qui s’interrogeaient sur ce modèle. Tous ces échanges ont d’ailleurs confirmé la pertinence de ma thèse de départ : Google est vraiment un nouveau modèle d’entreprise, comme le fut dans les années 70 Toyota. Pour le reste, la principale innovation est sans doute, au delà des nouveaux produits que l’on a vu apparaître pendant ces quelques mois, une inflexion dans la politique de gestion des innovations. Google ne se contente plus de multiplier les nouveautés, il les intégre progressivement, ce qui lui permet d’améliorer ses produits, jusqu’à en faire, comme dans le cas de GoogleDocs une véritbale alternative aux offres existantes.

Google , une chance ou une menace pour la presse traditionnelle ?


Bernard Girard
: C'est une menace dans la mesure où Google a développé des outils qui permettent de récupérer absolument toutes les informations que les journaux offrent gratuitement sur le net. Grâce à Google, les internautes ont accès à l'ensemble de la presse mondiale et, au delà, à l’ensemble des informations produites par les internautes, informations souvent très pertinentes. Ce qui modifie le champ de la concurrence. Deuxième élément négatif, tout ça se fait gratuitement. L'aspect positif, c'est que Google ne se contente pas de signaler certains articles, il renvoie sur les sites des journaux. A ceux-ci de trouver le moyen de monétiser ces clients nouveaux. Certains s’en tirent bien. Il y a des titres britanniques qui ont gagné un lectorat aux Etats-Unis qu’ils n’auraient jamais eu autrement, ce qui leur a permis d’intéresser de nouveaux annonceurs.

Cela signifierait qu’en terme d’audience on s'orienterait vers un mass market ?

Bernard Girard : C'est plutôt une sorte de segmentation. Un très bon titre spécialisé sur un sujet pointu aura plus de chances sur le net de capter un lectorat à l’échelle de la planète et donc d'être plus viable économiquement parlant qu’il ne le serait sur un marché plus atomisé. A condition qu’il parle anglais, bien sûr…

Certains éditeurs considèrent encore Google comme un

prédateur ?

Bernard Girard : Si Google publie des informations, c'est qu'elles sont disponibles gratuitement sur le net. Google ne vole rien. Les éditeurs ont fait partout dans le monde un choix stratégique un peu extravagant : ils ont choisi de donner gratuitement ce que les lecteurs achetaient, les informations du jour, et de faire payer ce que les lecteurs obtenaient gratuitement : les archives. Ils en paient aujourd'hui les conséquences.

Que pensez-vous des procès intentés à Google en 2007 par les opérateurs belges ?


Bernard Girard
: Nous sommes dans une logique dans laquelle les négociations d'entreprises passent aujourd'hui par la justice. Là où hier, les entreprises se rencontraient et négociaient entre elles, il y a aujourd'hui une intermédiation de la justice, qui coûte plus cher pour tout le monde. Le Monde d'ailleurs a tout de suite pris contact avec Google. Ils ont négocié et ils sont tombés d'accord sur ce qu'ils souhaitaient voir disponible sur Google.

Assistons nous à un combat d'arrière-garde de la part des éditeurs de presse ?


Bernard Girard
: La presse doit réinventer son modèle économique en termes de publicité, de rédaction et de diffusion. Le chantier est immense et internet n’est, en France au moins, que l’arbre qui cache la forêt. Si la presse se porte aussi mal chez nous, c’est, d’abord, parce qu’elle est très mal distribuée. Essayez donc d’acheter un journal dans une gare de banlieue ? ou, au cœur de Paris, place Saint-Augustin, après 19 heures. C’est impossible. Le lecteur n’achète pas ce qu’on ne veut pas lui vendre.

Quelles seront les conséquences, pour la presse et l’édition, de l’affrontement entre Microsoft et Google concernant l'offre d'achat de Yahoo ! ?


Bernard Girard
: Je ne suis pas sûr que cet affrontement ait dans l’immédiat un grand impact sur la presse écrite. Sinon peut-être que la concurrence élargira le marché des opérateurs internet et que cela se fera au dépens de la presse. Un bon exemple en est la presse financière : Yahoo !, Microsoft et Google ont des produits de finance qui offrent des services personnalisés que peuvent difficilement concurrencer les titres financiers classiques. La concurrence accrue entre Microsoft et Google peut leur faire gagner de nouveaux utilisateurs.

Propos recueillis par Daniel Dussausaye, directeur de la rédaction