Photo : Wiebke K. Fölsch
Presse Édition 18/02/2009
Après une "Histoire de l’édition française" et une "Histoire des bibliothèques fançaises", les Éditions du Cercle de la Librairie, viennent de publier, sous la direction de Pascal Fouché, Directeur du développement d’Électre, l’"Histoire de la librairie française".
Pascal Fouché dirige les Éditions du Cercle de la Librairie depuis une vingtaine d’années ; il a notamment publié L’Édition française depuis 1945 paru en 1998 et codirige le Dictionnaire encyclopédique du livre dont le troisième volume paraîtra au début de l’année prochaine.
Le Cercle de la Librairie, est un syndicat interprofessionnel dont les membres sont des professionnels du monde du livre (éditeurs, libraires, imprimeurs…).
Après une Histoire de l’édition française et une Histoire des bibliothèques fançaises, vous venez de publier aux Éditions du Cercle de la Librairie un ouvrage monumental l’Histoire de la librairie française* ?
Pascal Fouché : Parce que jusqu’au 19e siècle l’histoire de la librairie se confond avec celle de l’édition, il manquait de toute évidence une Histoire de la librairie française. La librairie, telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est-à-dire la librairie en tant qu’activité commerciale, devient autonome entre 1810 et 1870. Pour cette Histoire de la librairie, nous sommes donc partis du 19e siècle, au moment où les métiers se séparent ; c’est le début de la révolution industrielle, qui a aussi engendré la naissance des éditeurs et des imprimeurs comme métiers autonomes.
Combien d’auteurs ont participé à cet ouvrage ?
Pascal Fouché : 74 auteurs ont contribué à l’élaboration de cet ouvrage qui a demandé 4 ans de travail. Nous avons fait appel à des spécialistes issus de plusieurs disciplines, des historiens, des sociologues, des économistes et des libraires. Nous devions veiller à ne pas être redondant avec l’Histoire de l’édition sur le 19e siècle et nous donnons des éléments chiffrés jusqu’au début 2008. La partie la plus développée est finalement celle qui va de la seconde guerre mondiale à nos jours.
De 1945 à nos jours, quelles ont été les grandes étapes de l’évolution de la librairie en France ?
Pascal Fouché : Jusqu’en 1948, il y a notamment des problèmes d’approvisionnement dus aux pénuries de papier. La sortie de la guerre est donc un peu chaotique. Après, viennent ce qu’on appelle les Trente Glorieuses, une période faste, notamment pour la librairie. Et puis, à partir de 1974, arrive la Fnac et le discount à 20 %. Il faut tout de même 5 bonnes années à la profession pour arriver à contrer ce phénomène. Entre 1974 et 1980, la librairie indépendante a beaucoup souffert. Puis, en 1981, la loi Lang est promulguée. Elle constitue une étape très importante car elle encadre encore aujourd’hui le secteur de la librairie et de l’édition.
Vous avez abordé le problème de la grande distribution non spécialisée ?
Pascal Fouché : Dès le 19e siècle apparaissent les grands magasins. Les syndicats de libraire, depuis leur création en 1892, ont passé leur temps à se battre contre les nouveaux entrants.
Donc, ça n’est pas nouveau ?
Pascal Fouché : Non. Après les grands magasins à la fin du 19e siècle, progressivement les grandes surfaces sont arrivées et ont été perçues comme une menace par les libraires. Et à chaque fois qu’il y a un nouveau circuit sur le marché, les syndicats de libraires se battent. Actuellement, la menace vient des librairies en ligne et finalement, on s’aperçoit que ces syndicats parviennent à préserver un secteur qu’on annonce toujours en déclin.
Quel comportement adoptent aujourd’hui les libraires face aux défis de la librairie en ligne ?
Pascal Fouché : Nous abordons ce sujet dans les derniers chapitres du livre. Dans un premier temps, en parlant des librairies en ligne, parce que ça a été la première manifestation du numérique. Les libraires essayent de se positionner sur ce circuit. Ils tentent de faire en sorte que ce marché ne leur échappe pas complètement. Notamment parce que la tentation des éditeurs est de redevenir eux-mêmes libraires. Nous assistons ici à une sorte de retournement de l’Histoire. Au début, c’était le libraire qui était éditeur. Aujourd’hui, ce sont les éditeurs qui risquent de redevenir des libraires pour maîtriser la diffusion de leurs fichiers numériques. Ils sont inquiets au sujet de leurs outils de distribution. Vous savez qu’en France, et c’est un peu unique, les éditeurs génèrent d’importants chiffres d’affaires grâce à la distribution. Ils vont essayer de reproduire le même système pour le livre numérique. Mais les libraires essaient de faire en sorte que la vente passe plutôt par eux…
Pensez-vous que le livre papier puisse disparaître ?
Pascal Fouché : Non, je ne le pense pas. Il y a un certain nombre de catégories de livres qui, en numérique, sont effectivement beaucoup plus performantes. Je pense, par exemple, aux guides et aux encyclopédies. Mais, en même temps, il y a encore une place pour le livre traditionnel. La question est de savoir : « Quelle place ? ».
30 pages de votre livre sont consultables sur Internet. Qu’en attendez-vous ?
Pascal Fouché : Le feuilletage, tel que nous l’avons conçu sur le site de nos éditions, et que nous mettons en place sur la base Electre, est essentiellement promotionnel et destiné aux professionnels. C’est en fait pour permettre aux libraires de se rendre compte du contenu, et de le montrer éventuellement aux clients. C’est un outil de promotion et d’aide à la vente pour le libraire.
Combien d’exemplaires de vos 2 premiers ouvrages avez-vous vendu ?
Pascal Fouché : Ce sont des projets importants dont le bilan est d’ailleurs satisfaisant. La 1ère édition de l’Histoire de l’édition est épuisée et nous avons publié une édition au format courant avec Fayard qui est également, en voie d’être épuisée. L’Histoire des bibliothèques a également bien marché : 20 ans après sa parution, nous avons quasiment vendu les 3 000 exemplaires de l’édition originale et nous lançons une version meilleur marché qui redonne une 2e vie aux ouvrages.
D’autres projets ?
Pascal Fouché : Le Dictionnaire encyclopédique du Livre est en cours. À l’heure actuelle, 2 volumes sont déjà sortis et nous terminons le 3e ; nous avons également en préparation un Dictionnaire du livre de jeunesse.
*Histoire de la librairie française, sous la direction de Patricia Sorel et Frédérique Leblanc, avec la collaboration de Jean-François Loisy, avant-propos Pascal Fouché, Éditions du Cercle de la Librairie, 719 pages, 159 €.