Presse Edition 8/11/2007
Par
Jean-Paul Gisserot
Éditeur-fondateur des éditions Ouest-France 1975-1986, directeur de Nathan-éducation 1987, directeur-fondateur des éditons Sud Ouest 1988-1999, Président directeur général des éditions Jean-Paul Gisserot depuis 1988
Il est vraisemblable que le label « librairie de référence » va voir
le jour dans les mois qui viennent. Les petits éditeurs indépendants n'ont qu'à s'en réjouir, à la condition sine qua non que l'obtention de ce label soit assortie de l'engagement formel d'accepter de travailler avec eux. Un « libraire » qui refuse de recevoir un petit éditeur, un de ses commerciaux directs ou les commerciaux de petits distributeurs, ne saurait être retenu comme une « référence ».
En effet, l'histoire de l'édition dans les cinquante dernières années
a montré l'importance des petits éditeurs indépendants (tous ne sont
pas restés petits) dans la création. Il est impossible de signaler
comme « références » des points de vente qui rationalisent leur
gestion en limitant de façon scandaleusement arbitraire le nombre de
leurs fournisseurs, au mépris de la diversité de l'offre culturelle.
Un petit éditeur ne peut défendre ses livres, c'est-à-dire l'œuvre de
ses auteurs, que s'il a la possibilité d'en parler directement aux
libraires. Dans les toutes petites maisons, c'est généralement le
patron lui-même qui entreprend ce travail. Il est ensuite relayé par
un petit diffuseur, ou, dans l'idéal, par quelques commerciaux «
maison » qui ayant peu d'ouvrages à présenter les connaissent bien et savent les faire vivre. Si, à l'imitation de grandes chaînes,
préoccupées de rentabilité à court terme et se moquant de la
diffusion de la culture, les libraires indépendants se mettaient à
refuser systématiquement d'avoir des relations avec cette partie de
l'édition, ce serait la tuer. Un éditeur ne peut vivre et se développer que s'il contrôle, à son échelle, sa diffusion-distribution. Autrement, il est entre les mains de concurrents, en général beaucoup plus importants que lui, qui, un jour ou l'autre, auront la tentation de l'absorber. Comment citer des noms de confrères ayant démarré modestement, mais dont certains auteurs, découverts par eux, ont beaucoup apporté à la littérature ? Ce serait injuste vis à vis de ceux que j'oublierai innévitablement. Je prèfère donc m'abstenir. Mais, justement, pour moi, un libraire de référence digne de ce nom, c'est un libraire à qui vient aussitôt à l'esprit une foule de noms quand on lui pose une telle question. Ce n'est pas tout de se dire acteur culturel, encore faut-il le prouver dans ses actes !