Presse Edition

pub
Recherche

Reporters sans frontières : France: Oui ou non, le journalisme d’investigation peut-il s’intéresser aux cercles proches du pouvoir ?


Presse Edition 07/09/2011

Reporters sans frontières exprime son inquiétude et sa consternation face aux menaces de mort  explicites reçues par le collaborateur de Mediapart, Fabrice Arfi. Rendu public le jour même où l’espionnage de journalistes du Monde dans le cadre de l’affaire Bettencourt est confirmé, cet épisode constitue le dernier signe d’une dérive extrêmement préoccupante aux marges de l’appareil d’Etat.

« Espionnage de journalistes, cambriolages suspects, et maintenant menaces de mort : ces pratiques inacceptables sont-elles désormais considérées comme légitimes par les milieux proches du pouvoir pour lutter contre le journalisme d’investigation ?, s’interroge l’organisation. C’est la première fois depuis de longues années, à notre connaissance, qu’un journaliste porte plainte en France pour menaces de mort ».

Le 31 août 2011, Fabrice Arfi a déposé plainte contre X pour

« menaces de mort » auprès du procureur de la République de Paris.

.................................................................................................................................................

Reporters sans frontières est particulièrement inquiète des signes convergents d’une intolérance croissante, au sein des milieux proches du pouvoir, vis-à-vis des journalistes d’investigation. L’affaire Woerth-Bettencourt, en particulier, continue d’en produire une cascade d’exemples graves.

Dans ce dossier, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a confirmé le 1er septembre 2011 que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait bien réalisé des « repérages de communications téléphoniques, ce qui est tout à fait différent d’écoutes ». D’après Le Monde, l’enquête en cours pour « violation du secret des sources » a permis de retrouver deux télécopies adressées à l’opérateur de téléphonie mobile Orange par la DCRI. Le contre-espionnage a dans un premier temps réclamé à Orange les factures téléphoniques détaillées du journaliste Gérard Davet, le 19 juillet 2011, avant d’exiger deux jours plus tard celles de David Sénat, conseiller technique du ministère de la Justice soupçonné d’être la « source » du Monde.

« Nos inquiétudes sont donc confirmées : quelques mois seulement après son adoption, la loi censée protéger le secret des sources a été sciemment piétinée par les services de contre-espionnage français. Et ce, non pour prévenir une quelconque menace à la sécurité nationale, mais pour protéger le sommet de l’Etat face à des révélations embarrassantes », a déclaré Reporters sans frontières. « Contrairement à ce que lui fait dire sa ligne de défense, le pouvoir a donc bien épluché les communications téléphoniques d’un journaliste pour remonter à sa source présumée, et non l’inverse. La violation du secret des sources journalistiques est patente et délibérée ».

« Il est heureux de constater que la justice avance enfin dans cette affaire. Cependant, cette confirmation rend d’autant plus urgente la révision de la loi sur le secret des sources adoptée le 4 janvier 2010, de manière à en définir et encadrer précisément les exceptions, et à prévoir des sanctions en cas de violation. À quoi bon une loi, si elle est violée impunément dès lors qu’un ministre de la République est en cause ? »

« La capacité d’aborder des problèmes brûlants impliquant l’Etat et ses cercles proches est inhérente à l’existence d’un journalisme d’investigation. C’est pourquoi l’affaire Woerth-Bettencourt, tout comme le traitement de la plainte de Fabrice Arfi, ont valeur d’exemple. La justice doit sanctionner ces pratiques d’intimidation indignes d’une démocratie avant qu’elles ne se banalisent. Il est grave que nous en arrivions là ».