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Retour vers le futur


Presse Édition 10/05/2006

À la fin des années 90, l’arrivée des nouvelles technologies de l’information off et on-line fait fantasmer futurologues, journalistes, éditeurs et lecteurs. À cette époque, le développement du multimédia et le lancement du CD-Rom permettent d’insérer sur un même support textes, sons, images fixes et vidéo. Aux États-Unis, et plus tard en France, ce sont quelques pionniers qui se lancent dans l’aventure, pour la plupart éditeurs d’encyclopédies et de livres pour la jeunesse.

Parmi ces précurseurs, Flammarion, qui, sous la houlette de son Directeur Général Pierre Arbon, introduit ses premiers titres sur les marchés spécialisés, dans les univers loisirs et culture. 1997, l’irrésistible ascension du numérique Flammarion et Gallimard créent un GIE de diffusion de titres multimédia. Autre early adopter, Jean-Loup Limaschio, persuadé que l’activité électronique est complémentaire du papier, confie à Alain Pierrot la direction d’une mission édition électronique. C’est sous son impulsion que sont utilisées les énormes réserves du fonds Hachette. Au catalogue : quinze titres, dont douze parus entre 1995 et 1996. Best-seller : le dictionnaire Hachette Multimédia. Enfin, au Groupe de la Cité, Liris Interactif, sous la Présidence d’Agnès Touraine, centralise l’ensemble de l’édition électronique de Bordas, Larousse, Nathan, etc. Mais faute d’un taux suffisant d’équipement des foyers français en micro-ordinateurs, l’aventure s’arrêtera pour certains. Pour d’autres, elle continuera à moindre échelle.

Le monde de l’édition selon Google
Décembre 2004 : coup de tonnerre dans le monde de l’édition après l’annonce par Google du projet de numérisation des fonds des bibliothèques et d’éditeurs. Le célèbre moteur de recherche signe des accords avec les bibliothèques des universités de Harvard, Stanford, Oxford, l’université du Michigan et la New York Public Library.

But de l’entrepreneur : « mettre la culture à la portée de tous ». Pour ce faire, il propose aux internautes la consultation gratuite en ligne de versions intégrales d’ouvrages tombés dans le domaine public et de brefs extraits, avec lien sur le site Internet de l’édteur, pour les ouvrages et les auteurs protégés par le droit d’auteur. Les éditeurs français font savoir qu’ils ne sont pas intéressés et les pouvoirs publics et les institutions peu enclins à « voir la culture aux mains des intérêts privés américains » accélèrent le projet concurrent de Bibliothèque Numérique Européenne porté par Noël Jeanneney et supporté financièrement par la Communauté Européenne. Fin janvier 2006, on découvre que des centaines de livres protégés par les droits d’auteur et appartenant à Fayard, Flammarion, Grasset, Hachette, Gallimard, ont été mis en ligne sans autorisation

préalable. Les éditeurs font savoir par la voix du Président du SNE, Serge Eyrolles, qu’ils sont prêts à engager des actions en justice contre Google si le moteur de recherche ne retire pas les ouvrages français. Le projet Google a fait école et des initiatives de même nature devraient être lancées aux États-Unis, notamment par le moteur de recherche concurrent Yahoo, qui souhaite proposer un service de ventes d’extraits de livres.

Le livre électronique, aujourd’hui une réalité
Il suffisait de se rendre au dernier Consumer Electronic Show de Las Vegas pour imaginer comment le lecteur de demain consultera, au choix, l’information sur un livre, un lecteur digital utilisant la technologie du papier électronique, un téléviseur de salon ou nomade,

un ordinateur, un baladeur vidéo, un PDA, un téléphone mobile dernière génération, avec téléviseur intégré, ou tout autre engin électronique mobile non encore identifié. Dernier cri de la technologie, le Reader de Sony, basé sur la technologie du papier électronique e-paper. Vendu entre 300 et 400 dollars, il a la taille d’un livre de poche et permet de stocker l’équivalent de 80 ouvrages. À l’instar d’Apple dans le domaine de la musique et de la vidéo, Sony propose aux lecteurs un service de téléchargements de textes sur son site Connect Store. Ce serveur, qui sera opérationnel sur le marché américain au printemps, disposera de plus de 10 000 titres, vendus entre 20 et 25% de moins qu’un ouvrage classique. Mais d’autres fabricants de livres électroniques, asiatiques pour la plupart, s’apprêtent à lancer d’ici la fin de l’année des produits  équivalents. Quant à l’Electronic Reader Illiad ER 100, conçu par la filiale de Philips, Irex Technology, il sert actuellement à l’éditeur du magazine économique De Tijd à tester auprès de 200 lecteurs une version téléchargeable et personnalisée de son magazine.

De la libraire traditionnelle à la « Webrairie »
Pour diffuser ses ouvrages, l’éditeur n’a jamais disposé d’autant de moyens. Aujourd’hui,
pas moins de huit circuits de vente s’offrent à lui : librairies traditionnelles, grande distribution spécialisée, grande distribution généraliste, clubs du livre, libraires en ligne, moteurs de recherche, ventes liées avec la presse, vente directe en ligne. Les librairies traditionnelles, dont la part diminue de plus en plus, seraient en danger et nécessiteraient des mesures d’aide en leur faveur.
Paris, 19 mai 2005, le Syndicat National de l’Edition publie un communiqué de presse :
«Le journal Le Monde a annoncé qu’il lançait à compter du 20 mai prochain une opération de vente de livres en kiosque. Ses lecteurs se verront proposer, avec l’achat

du quotidien, un livre publié par un éditeur d’art dans l’une de ses collections. Le Syndicat National de l’Edition – dont cet éditeur n’est pas membre – déplore vivement cette initiative. Il considère que de telles opérations contribuent à dévaloriser le livre en altérant son image et, dans la mesure où elle porte sur des ouvrages vendus en librairie, à en détourner de nombreux lecteurs et à fragiliser leur réseau ». Alors, livre et presse, un mariage contre-nature ? En Espagne et en Italie, ces opérations occupent les premières places de ventes de livres. Quant aux «webbraires», l’un d’entre eux, Amazon, projette la mise en route pour les Américains d’un service de vente de livres

à la page d’ici fin 2006. Et les sites Internet livres de la grande distribution spécialisée tels que La Fnac et Virgin ou la Grande Distribution généraliste comme Auchan, Carrefour ou Leclerc devraient suivre…

Production, l’eldorado chinois
70 % des beaux livres américains sont désormais imprimés en Chine. Depuis longtemps déjà, les éditeurs français délocalisent la production de leurs livres en dehors de l’Hexagone. Après l’Italie, l’Espagne et Hong-Kong, c’est aujourd’hui en Chine et en Pologne qu’émigre la fabrication d’un grand nombre d’ouvrages, et plus particulièrement ceux comportant d’importants travaux de façonnage et de finition. Avec plus de 100 000 imprimeurs, dont 400 entreprises détenues par des capitaux étrangers, les industries graphiques chinoises disposent désormais de représentations commerciales dans la plupart des pays européens et promettent à leurs prospects des avantages économiques pouvant atteindre jusqu’à 70 % des coûts de production en Europe. Inconvénients,

les ouvrages étant transportés par bateaux, les délais de livraison peuvent aller de un

à plusieurs mois et plus. Enfin, il faut compter avec une fiabilité toute relative des imprimeurs chinois en ce qui concerne le respect des délais de livraison. Tandis qu’éditeurs et responsables de fabrication soulignent pour des raisons de compétitivité leurs impératifs de rationaliser et d’abaisser leurs coûts de production, les imprimeurs français et européens se rassurent comme ils peuvent en invoquant notamment la progression des courts tirages, la gestion des ouvrages en flux tendu et les besoins constants de réimpression d’ouvrages et de réassorts, qui nécessitent de plus en plus une production de proximité. Les différents projets de vente de téléchargement pourraient bien leur donner raison et sonner à terme le glas de la production d’ouvrages en quantité industrielles.

À quand le livre gratuit financé par la publicité ?
Sans parler du phénomène grandissant du crossbooking, une opération qui consiste à abandonner un livre dans un lieu public afin d’en faire profiter un lecteur anonyme, il n’est pas sot d’imaginer des livres offerts gratuitement aux lecteurs et financés par la publicité. Dans les années, 60, c’était le cas des SAS de Gérard de Villiers System. En 1968, deux éditeurs libraires publiaient la poésie à 1 franc. Des ouvrages déjà subventionnés par la publicité. Aujourd’hui, ce sont le plus souvent des livres de commande, qui sont édités pour des marques et utilisés comme outils de promotion.
Expérience originale que celle de HarperCollins Publisher, éditeur américain, qui propose aux internautes la version en ligne, gratuite et intégrale du livre de Bruce Judson «got it alone — the secret to building a successful business». Pour ce faire, il suffit de se rendre sur le site de l’auteur, brucejudson. com. Les pages sont jalonnées d’encarts publicitaires dont les revenus sont partagés entre éditeur et auteur. Les internautes sont également cordialement invités à acheter la version papier du livre grâce au lien du site de vente en ligne amazon.com.

Jacques Versin


POINTS DE VUE
Yves Lhommée,
Directeur de Production du Groupe Flammarion

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Globalement, tous les contenus éditoriaux vont à terme être éditables sur le net. La question essentielle étant de savoir quelle utilisation il en sera fait : consultation, vente directe d’ouvrages, téléchargement total ou partiel… Cela peut remettre en cause les équilibres financiers de la production de certains livres, et à l’inverse, en particulier dans le domaine universitaire, maintenir disponible un fonds éditorial qui ne tiendrait pas économiquement dans un processus classique d’impression et de vente de livres.

Seul le livre scolaire n’est pas soumis à la concurrence avec le net, mais évolue lentement mais sûrement vers une offre numérique. Cette évolution est limitée par les moyens et infrastructures des établissements de l’Éducation Nationale plus que par les possibilités techniques des éditeurs.


Philippe Héraclès,
Directeur Général du Cherche Midi Éditeur

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Les nouvelles technologies permettent non seulement

des gains de production mais aussi une meilleure adaptation

des réimpressions à la demande du marché,

avec des tirages plus courts.









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